Les « Crestadous » bilhèrois

Famille COURS-SALIES

Famille COURS-SALIES

1866- Pierre COURS-SALIES

1866- Pierre COURS-SALIES

(Extrait du cahier n°2)

Le mot hongreur (en patois crestadous) dérive de «hongre», cheval castré. Initialement, ceux qui exercaient cette spécialité étaient aussi appelés «châtreurs». Les Ossalois, qui avaient acquis une grande dextérité dans cette spécialité, se la transmettaient de génération en génération. Les hongreurs apportaient un revenu complémentaire très substantiel et leurs familles étaient parmi les plus aisées de la vallée et avaient les plus belles maisons. Ils castraient surtout les chevaux, taureaux, ânes mais également les autres animaux domestiques porcs, poulets, chats.

Chaque commune avait son territoire en Espagne ou au Portugal. Grâce à leur savoir faire, ils faisaient face aux autres concurrents, notamment les gitans et les ouvriers agricoles qui tentaient d’exercer cette activité. Ils avaient acquis la confiance des propriétaires ibériques. Ils ont résisté jusqu’à la guerre de 1914 et même un peu après à la concurrence des vétérinaires de plus en plus nombreux et attirés par cette activité lucrative.

A Bilhères, presque toutes les familles ont eu à un moment ou à un autre des châtreurs dans leurs rangs. Nous pouvons citer, sans être totalement exhaustif les familles suivantes: ARRATEIG, ARRIBE, BAGES, BAYLAUCQ, BESINCQ, BONNECASE,, CANDAU, LABENTURE, CASADEPATZ, CASAMAJOR, CASASSUS, CORTEILLES, COURSSALIES, LASSALLE, POMMALADE, SOUMABIELLE, SOUVERBIE, SOUVERCASE, TRESARRIEU.

Partis 7 ou 8 mois et même parfois plusieurs années, ce métier était à haut risque et très dur physiquement et moralement. Les risques de blessure, d’agression et de maladie étaient élevés, comme nous pouvons le constater à la lecture de leur correspondance. Beaucoup se sont établis en Espagne ou au Portugal, y sont morts, y ont des descendants.

La solidarité entre hongreurs ossalois et celle existant au sein de chaque «maison», leur permettait de faire face et de régler les problèmes complexes et variés auxquels ils étaient confrontés, compliqués par les distances et la lenteur des communications (à pied ou à cheval). Ils évoluaient déja dans un univers juridique, économique et financier très moderne.

Depuis quand et pourquoi les Ossalois, ont-ils perfectionné et développé cette activité? Dans toutes les campagnes européennes la question de la castration des animaux domestiques se posait et était réglée localement. Pourquoi ce marché at-il pris une telle ampleur en Espagne et au Portugal?

Nous n’avons, jusqu’à présent, trouvé aucune étude historique, sociale et économique sur le sujet. Nous pouvons néanmoins dégager des différents ouvrages généraux et des correspondances les principales causes du développement de cette activité.

La société ossaloise:

1) Depuis le haut Moyen Âge, la société reposait sur « le casal», devenu «le casau» (le domaine lié à la maison et tous les droits qui y sont attachés) et dont le maîre est le casalere. Cette organisation créait une société homogène et solidaire «d’hommes libres» pouvant circuler et se déplacer sans entraves.

2) L’égalité entre les hommes et les femmes offrait à celles-ci la possibilité de gérer efficacement le domaine et d’éduquer les enfants qui participaient aux travaux agricoles ce qui facilitait l’absence des hommes.

3) Le droit d’aînesse qui évitait l’émiettement des propriétés, libérait les cadets qui pouvaient éventuellement exercer une autre activité, même si l’héritier leur devait le clos et le couvert qu’ils retrouvaient en cas de difficulté.

4) Depuis la création par Jeanne d’Albret (reine de Béarn et Navarre de 1555 à 1572) des écoles de village, beaucoup de Béarnais, fait exceptionnel pour l’époque, savaient lire et écrire et pouvaient ainsi communiquer lors de leurs déplacements et des longues séparations sans craindre d’être coupés de leur famille et de leur domaine.

5) Les Ossalois disposaient de troupeaux nombreux, grâce à la richesse des pâturages essentiellement communautaires et avaient l’habitude de la transhumance d’été (estives) et d’hiver (en Aquitaine). Ils avaient donc une pratique courante de la castration, notamment des chevaux dont le commerce avec l’autre versant des Pyrénées était florissant depuis longtemps. De plus ils avaient l’habitude des longs déplacements.

Les sociétés ibériques:

1) Depuis l’établissement de leurs empires coloniaux, ces sociétés étaient riches et en mesure de payer un service, en choisissant le meilleur. Du fait de l’émigration vers les nouveaux territoires, ils avaient besoin de travailleurs étrangers.

2) Le domaine rural était structuré autour de grandes propriétés appartenant à une aristocratie conservatrice ou à de grands propriétaires intégrés à la noblesse (hidalgo) qui délaissaient les tâches matérielles et/ou subalternes et ne se souciaient guère de former et de faire évoluer le sous prolétariat agricole que des intendants faisaient travailler.

Bref, une société béarnaise peu fortunée mais instruite, travailleuse et solidaire côtoyait une société espagnole ou portugaise aisée ayant des besoins à satisfaire et qu’elle pouvaient rémunérer.
Si vous avez connaissance d’études sur ce sujet, merci de nous les signaler.

La généalogie des familles  montre l’importance des hongreurs pour les maisons concernées. Elles  mettent également en évidence l’égalité juridique absolue entre hommes et femmes. Lorsqu’une «héritière» épousait un cadet, dans la plupart des cas elle transmettait son propre nom à ses enfants. Cela donnait parfois naissance à un nom composé si fréquent en Béarn.

Pierre et Michèle TRESARRIEUBESINCQ

Bibliographie et sources:
–  LA VALLÉE D’OSSA U par E CAPDEVIELLE, édition de 1891, rééditée par les éditions LibroLibert de Bayonne, 1990
– LA VALLÉE D’OSSAU À TRAVERS LES ÀGES, par Jean JOANICOT, imprimerie Saint Joseph à Tarbes, 1971
– HISTOIRE DU BÉARN, par Benoît CURSENTE, éditions PER NOSTE 1973
–  HISTOIRE DE BÉARN, à l’usage des élèves et de leurs parents, Dominique BIDOTGERMA, Michel GROSCLAUDE, JP DUCHON, 1992, éditions PER NOSTE
– LES CRESTADOUS, René ARRIPE, PAU 1994

– PETITE HISTOIRE DU BÉARN, Pierre TUCOOCHALA Pau, éditions PRINCI NÉGUE, 2000

– Conférence de Benoît CURSENTE intitulée «De quelques soubassements médiévaux de l’identité Béarnaise» à PAU, le 19 mars 2008, à l’initiative de la SOCIÉTÉ DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS DE PAU ET DU BÉARN.

5 réflexions au sujet de « Les « Crestadous » bilhèrois »

  1. Salut! Je suis descendent d’un Chatreur de Bescat, qui est venu en 1807 au Portugal, avec l’Armée de Napoleon.
    J’ai la copie d’une Écriture, de 1885, faite entre Chatreurs de ma famille (descendents du Soldat Napoleonien, de Bescat) et 3 Chatreurs Français, entre eux Pierre Cours Salies. Il s’agit d’une Écriture de delimitation du teritoire, où chacun devrai exercer l’activitée de Chatreur.

    Adishatz!

  2. Je suis descendant de Pierre de Masonnave dessus, né à Bielle le 20 May 1724, fils de Jean Pierre de Labadiole et Jeanne Marie de Masonnave dessus, et frère de Jeanne Marie, Nicholas et Marthe de Masonnave dessus.
    Mon ancêtre, Pierre de Masonnave, qui exerçait le métier de chastreur dans la région de Porto, Portugal, s’est fixé à Rio Tinto, banlieue de Porto en 1760, après son mariage avec Domingas Silva Oliveira, union qui a donné origine à nombreuse descendance.
    Salutations Ossaloises,
    Arnaldo de Castro Mamede

  3. je suis descendante des layris-vergez et faure de gère-bélesten et très contente d’avoir retrouver toutes ses racines.

  4. Je suis descendante des Arrateig et Lassalle de Bilhères très heureuse de vous lire et connaître mes origines. Merci

  5. Salut! Je suis un descendant Jean SOMMAVIELLE né à Bilhères le 26-11-1821, fils de Bernard SOMMAVIELLE et Marie BAREILLES (05-17-1815).
    Mon ancêtre, Jean SOMMAVIELLE, qui était un chasseur dans la partie nord du Portugal à FAFE. Il a épousé Rosa Pinto, une union qui a donné naissance à de nombreux descendants, dont Felisbina Summavielle a épousé António da Silva e Castro, mon arrière-grand-père-arrière-grand-père.
    Salutations
    Teotónio M. da Silva e Castro

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