BIELLE: rappel historique

Article établi à partir du préambule des notices généalogiques de Guy de MONSEMBERNARD (Extrait du cahier n°7)

«Bielle avant la Révolution était la capitale de la Vallée d’Ossau –son capdeulh en béarnais-, bien qu’elle n’en fût pas la localité la plus importante. Elle venait après Arudy dans le Bas-Ossau et Laruns dans le Haut- Ossau. Au XIVe siècle, du temps de Gaston Phebus, elle comptait 82 maisons, ainsi qu’il ressort du recensement de la vicomté de Béarn, ordonné en 1385 par ce prince. Trois siècles plus tard, sous Louis XIV, elle en comportait le double, 167 « ayant droit de voisinage », selon le terrier de Bielle de 1681 (aux Archives départementales), mais en réalité, comme nous le verrons, un peu moins (164). Et elle s’est maintenue à ce niveau jusqu’au XIXe siècle (169 maisons en 1781, 176 en 1882).

La tour Coarraze (maison Soubirou)

Vue générale de Bielle
Le village est divisé en deux par la torrent l’Arriumage qui traverse la plaine de Bielle d’est en ouest, depuis les gorges d’Aspeig jusqu’aux gave d’Ossau. Située au sud de l’Arriumage, l’église paroissiale consacrée à saint Vivien, est le cœur de l’agglomération. Elle s’élève à l’emplacement de la villa romaine qui a donné son nom au village (le latin villa est devenu <Bielle> par diphtongaison de la voyelle.
Au bord de la place appelée «Badiolle», où se réunissait, depuis un temps immémorial,  la communauté, se trouvaient la maison commune et l’école. On lit dans un écrit de 1530 que la communauté a l’habitude de s’assembler « en la place commune deudit loc apérade la Badiolle» et que les jurats de la communauté le faisaient «en la maison commune apérade de l’escole ». L’on sait que les archives de la vallée étaient conservées  dans une pièce aménagée dans le clocher de l’église, au dessus de la sacristie, appelée « le segrari » dans laquelle on accédait par un escalier extérieur.

La plus grande partie des maisons  de Bielle (les cinq huitièmes) se trouvaient aussi, au moyen âge comme sous l’ancien régime, dans les quartiers situés au sud de l’Arriumage (52 sur 82 en 1385 ; 102 sur 164 en 1681). Il y avait là notamment  les trois maisons nobles dénombrées dans le bourg : le Domec près de l’église Saint Vivien, Cambus mayor dans la quartier de Marque dessus et  Sainte Marie près de l’église Notre Dame et de l’hôpital. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle qu’un château sera construit au nord du torrent, dans la rue Longue, par le plus célèbre des enfants de Bielle, Jean-Joseph de Laborde, auquel une remarquable biographie été consacrée par Jean-Pierre Thomas et François d’Ormesson (Jean-Joseph Laborde, banquier de LouisXV, mécène des Lumières, Paris Perrin 2002). C’est à la même époque qu’a été ouverte la route de Pau à Laruns et aux Eaux-Bonnes, ce qui a entraîné au XIXe siècle le déplacement du centre vif de la commune dans sa partie orientale, avec la Mairie, l’école publique, la poste, l’étude notariale et des auberges.

Les maisons casalères et les autres
Dans la société ossaloise traditionnelle, toutes les maisons ne sont pas égales. Outre les maisons nobles, on distingue les maisons « casalères ». Le terrier de 1681 donne une définition de la maison casalère sur laquelle il convient de s’arrêter pour ne pas tomber  dans les errements de trop de gens qui se sont intéressés  à la vallée d’Ossau :

«Il y a maisons, dans la paroisse, anciennes et maîtresses qu’on appelle vulgairement casalères, dont chacune en paye annuellement un fief à sa dite Majesté, soit en grain ou en argent. Et le restant des maisons de la paroisse sont bâties sur le fonds des anciennes maisons, et à partir desquelles font rente pour contribuer aux fiefs dus à SM et d’autres, par succession de temps, s’en sont rédimé par la voie d’achat ou acquisition que les dites maisons leur ont fait. »
Le fief que les maisons payent au souverain (vicomte au Moyen-âge, Roi de France sous l’ancien régime) n’est donc pas une marque servile. C’est au contraire la preuve que ces maisons  sont les maîtresses du sol, quelles sont les matrices dont sont sorties les autres maisons.

La liste des maisons casalères peut être établie à l’aide du terrier de 1681 qui mentionne les fiefs payés au Roi. Elles sont au nombre de 37. Vingt deux payent une redevance en argent , quatorze une redevance en nature et la dernière une redevance mixte. Le montant du fief est variable, qu’il soit en argent ou en nature. Plus que la variété des taux, il faut relever que 26 seulement de ces 37 maisons ont été recensées en 1385. Les onze autres sont postérieures au recensement de Gaston Phébus, ca qui montre qu’en dépit de la définition qui en est donnée dans le terrier de 1681, le groupe des maisons casalères n’est pas fermé. Des maisons qui ne lui appartenaient pas originellement ont pu s’agréger à ce groupe. Dans son étude sur Arudy (Nouveaux élèments pour l’histoire d’Arudy et de sa région, XIIe-XVe siécle, Revue de Pau et du Béarn, n°16, année 1989, p 89), Mr Cheronnet a fait une constatation semblable. (Paris Perrin 2002).

Maisons nobles ou casalères mises à part, restent 124 maisons qui ne sont pas redevables de fief envers le souverain et qu’on appelait autrefois « boutoys » (mais le nom de boutoys n’est pas employé dans le terrier de 1681). Trois d’entre elles (Casenave dessus, Nougué et Bellocq, les deux premières recensées en 1385) la payent au seigneur de Louvie-Soubiron (en fait le seigneur du domec de Louvie-Soubiron), sans qu’on sache pourquoi, le disent uniformément les trois chefs des maisons intéressées. Une quatrième (Fréchou) reconnaît devoir payer un quartier de froment à la maison d’Orteig, (laquelle maison est du fief de SM) ou le payer directement aux fermiers de SM à la décharge de cette maison. En dehors de ces quatre cas on ne relève dans le terrier aucune autre mention de fiefs dus à des maisons casalères. Serait-ce que toutes les autres maisons , par sucession dans le temps, s’en sont redimés par voie d’achat ou acquisition, comme l’écrit le terrier ? Nous pensons plutôt qu’à l’exception des redevances levées par le seigneur de Louvie-Soubiron, les auteurs du terrier n’ont jugé utile de ne mentionner que les fiefs payables à sa Majesté.

Le commerce transpyrénéen
Pays de montagnes où l’étendue des terres labourables est restreinte, la vallée d’Ossau est largement déficitaire en ce qui concerne les cultures vivrières. Les auteurs du terrier de 1681 déclarent « que de toute la paroisse, à peine peut-on avoir du grain pour quatre mois de l’année ». et l’on peut douter que l’élevage et le commerce de ces produits dans la bas pays béarnais suffisaient pour combler ce déficit alimentaire.
Cependant la population de Bielle a doublé du XIVe au XVIIe siécle et les maisons du bourg donnent une impression de richesse par les détails de leur architecture. Les auteurs du terrier fournissent eux-même  la clé de cette contradiction. « Il y a, écrivent-ils, plus de
cent hommes, fils de la paroisse, qui habitent en Espagne gagnant la vie de leur famille».

Cette émigration, conséquence de la pauvreté de la vallée en ressources alimentaires, est la source de sa richesse et le moteur de son développement. Aux XVe et XVIIe siècle, l’Espagne est, avec le Portugal, à la pointe de l’aventure maritime. Leurs navigateurs lon-
gent dès le XVe siècle les côtes de l’Afrique et atteignent à la fin du siècle et au début du suivant les riches contrées de l’Inde et de l’Extrême-Orient en même temps qu’ils découvrent l’Amérique.
Les richesses de ces nouveaux mondes s’accumulent dans ces deux pays et donnent lieu à un commerce intense avec l’Europe occidentale. Sans doute ce commerce est-il essentiellement maritîme mais les Pyrénées y participent (voir le n° 32  de la revue de
Pau et du Béarn, année 2005), notamment la communication de José Ignacio Gomez Zonaquaino, (Une colonie marchande béarnaise à Huesca au XIIe siècle).
Le commerce transpyrénéen est assurément la source de l’expansion démographique de Bielle au XVe et XVIe siècle et de l’enrichissement de ses familles. L’étude des maisons bielloises montrera l’importance des liens établis entre le bourg et les pays d’outre-Pyrénées.

Carte et liste  établies par Jean GAY, à partir de ses travaux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *